Le rivage antique

L’objectif de ces sondages est de préciser les variations des traits de côte pendant l’Antiquité.

Le premier sondage, effectué en 2018, qui était situé à environ 20m à l’ouest de la muraille byzantine et de la ville, avait comme but de préciser l’extension de la ville dans cette direction, étant donné que nous avions déjà pu constater que les occupations y étaient peu attestées (voir onglet « La muraille byzantine).

Aucune structure archéologique n’a été mise au jour dans ce secteur. Toutes les couches atteintes semblent résulter de l’accumulation naturelle (fig. 1). Parmi ces couches, il faut remarquer l’US 6008 (fig. 2) qui se compose de sable mélangé à de petits galets et à de rares fragments de céramique ainsi que la couche US 6009, faite, elle aussi, de sable et de graviers mélangés à de la céramique très érodée. Ces deux couches paraissent représenter deux niveaux différents de côte. Le matériel le plus ancien remonte à l’époque hellénistique (fig. 3) ce qui permet de dater la ligne de côte mise au jour, à cette époque. Mais l’hétérogénéité du matériel montre aussi que ce secteur est resté accessible pendant plusieurs siècles : ce devait être une plage jusqu’à ce qu’elle soit remblayée et exhaussée entre l’époque médiévale et nos jours. L’identification de la ligne de côte antique à l’ouest de la ville constitue une donnée importante pour comprendre l’absence de construction dans ce secteur et pour travailler sur la limite occidentale de Dyrrachium.

En 2019, nous avons effectué un sondage à l’est de la ville, dans la cour de l’école Jusuf Puka. En effet, le recensement des fouilles anciennes dans le cadre de l’élaboration de notre SIG avait montré qu’aucune construction antique ne se situait à l’est de ce terrain. Après avoir traversé d’épaisses couches modernes, nous sommes parvenus à la couche la plus ancienne que nous ayons pu atteindre, l’US 7013, qui est située à la profondeur de 2,50 m par rapport à la surface moderne (fig. 4). C’est une couche de couleur grise, comprenant une proportion importante de sable fin mélangé à un peu d’argile, de petits galets arrondis, de petits fragments de charbons de bois et quelques restes d’algues. Le matériel archéologique mis au jour dans ce contexte est rare et consiste en de petits fragments de céramique de table, de briques, de tuiles et de restes fauniques.

La céramique est caractérisée par ses formes arrondies, dues à l’érosion marine. Cette couche peut être interprétée comme étant un dépôt naturel dans un contexte sous-marin, avec du matériel archéologique transporté et déposé par les courants. Étant donné la composition du matériel céramique, on peut dater ce contexte de l’Antiquité, mais la grande fragmentation et l’absence de forme ne permettent pas de proposer une date plus précise. En conclusion, il semble que l’activité humaine dans ce secteur de la ville a commencé pendant la première moitié du XXe s., plus précisément dans les années 1920-1930, quand on a tenté d’urbaniser ce secteur. En ce qui concerne l’Antiquité, si on se base sur l’US 7013, on peut dire que cette région se trouvait alors sous l’eau, près du rivage.