Projet

Le projet Dyrrachium

La ville moderne de Durrës (fig. 1), sur la côte albanaise, est en plein développement. Or, elle est bâtie sur l’emplacement exact de la colonie grecque d’Epidamne (fondée vers 627 av. J.-C.), qui devient Dyrrachium et passe sous protectorat romain dès la fin du IIIes. av. J.-C. avant d’intégrer la province de Macédoine. La construction, vers 146 av. J.-C., de la Via Egnatia qui part de Dyrrachium pour rejoindre Byzance, devient un facteur important du développement commercial et culturel de la ville : Dyrrachium acquiert une position clef, centre de transit entre l’Italie et les Balkans, voire au-delà (fig. 2).

 

Après les réformes de Dioclétien, Dyrrachium est la capitale de la province d’Epirus Nova, puis, au IXes. ap. J.-C., elle est la capitale du thème de Dyrrachium, une unité militaire et administrative de l’Empire byzantin (fig. 3-4).

 

L’histoire récente de l’Albanie explique que l’exploration du site de Durrës n’en soit qu’à ses balbutiements : les données recueillies sont encore peu nombreuses et surtout très ponctuelles. À cela, il faut ajouter les difficultés inhérentes à un site dont l’occupation n’a jamais cessé et qui est aujourd’hui celui d’un port actif et d’une ville en plein développement anarchique. Les difficultés, pour appréhender l'histoire de son développement depuis l'Antiquité, sont grandes. L'exploration archéologique n’est pas libre de se développer sur des zones étendues : elle dépend des demandes de permis de construire ; or le développement incontrôlé de l’urbanisme de Durrës se fait au détriment des vestiges antiques (fig. 1 et 5) : enfouis à une grande profondeur (5 à 7 m), ils sont restés hors d’atteinte des fondations des maisons des XIXe et XXe s., mais sont systématiquement détruits par les profonds décaissements préalables à la construction des tours d’habitation qui prolifèrent depuis une dizaine d’années. 

L'objectif général du projet est de contribuer à une meilleure connaissance des processus de création et de développement de la ville de Durrës depuis le VIe s. av. J.-C. jusqu'à nos jours. Il s'agit donc d'un bel  exemple de durabilité d'un espace urbain qui a fonctionné plus de 2600 ans ! Cela implique de mettre en lumière les différentes phases d'occupation de la ville, son extension ou, au contraire, ses contractions et les caractéristiques physiques qui ont marqué chacune des périodes de son histoire, dans une vision historique qui vise à intégrer ces phases dans le temps long.